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Jean Cinq-Mars, Commissaire au développement durable du Québec

Par Olga Prin

« Les comptables canadiens sont appelés à considérer l’activité organisationnelle en regardant au-delà du rapport financier. Des CPA relèvent le défi et se servent de leurs compétences en analyse pour favoriser la durabilité….»(1) S’inscrivant dans le souci de l’Ordre des CPA de promouvoir la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) et d’une part croissante de dirigeants visant l’intégration du développement durable au nombre de leurs priorités à l’échelle mondiale (2), la Chaire a été ravie d’assister et de contribuer au soutien logistique du lancement de l’année universitaire en développement durable. Conférencier avec la mission d’aborder différents sujets relevant du développement durable (DD) pour l’occasion, le Commissaire au développement durable du Québec, M. Jean Cinq-Mars, a immédiatement tenu à préciser que cette notion est souvent perçue à tort comme un équivalent à la protection de l’environnement alors qu’elle comporte au même titre des considérations économiques et sociales.

Pour M. Cinq-Mars, le plus grand défi du développement durable réside dans la promotion d’une vision à long terme. Celle-ci entre constamment en conflit avec les décisions prises à court terme dans les milieux politiques, mais aussi dans les entreprises en quête de retours sur investissements rapides. Au niveau de l’appareil gouvernemental, les principaux défis relèvent des barrières institutionnelles nuisant à la capacité d’adopter des approches communes entre différents ministères (gestion interministérielle/horizontale) et de gérer les résultats (gestion de la performance) plutôt que par programme (gestion par activité).

Relevant de l’Assemblée nationale, le mandat du  Commissaire au développement durable est de nature législative et vise essentiellement à s’assurer que les 16 principes de développement durable soient respectés par les organismes publics.  Au terme d’une vérification, l’entité vérifiée doit signer le rapport de constats pour en confirmer la véracité. Elle est ensuite tenue d’assurer la mise en œuvre des recommandations qui s’y rattachent.  Ces vérifications ont un impact considérable avec une proportion de 74 % des recommandations mises en œuvre (VFG). Pour l’heure, les réseaux de la santé et de l’éducation de la province n’ont pas encore été assujettis à la démarche bien qu’il soit prévu de le faire éventuellement par la Loi sur le développement durable.

Les vérifications du Commissaire au développement durable reposent sur la méthodologie de vérification de l’Ordre des CPA et une combinaison d’expertises – génie, biologie, sociologie, etc. (voir Rapport du Commissaire au développement durable du printemps 2015 en exemple). Selon M. Cinq-Mars, il importe de sortir de la réflexion monolithique et d’apprendre à penser autrement pour résoudre les lacunes en matière de développement durable. Souvent, les problèmes ne découlent pas d’une mauvaise gestion, mais plutôt du manque d’objectifs.

Pour remonter à la source de tout problème et formuler des recommandations qui peuvent avoir un effet réel et durable, le Commissaire recommande de poser la question <pourquoi> au moins cinq fois après avoir reçu une réponse. Par exemple,

« Pourquoi la poignée de porte grince-t-elle? »
Parce qu’elle manque d’huile.
« Pourquoi manque-t-elle d’huile? »…

et au cinquième pourquoi, on en arrive à la véritable source du problème : la gestion immobilière fait défaut. Ainsi la recommandation doit viser à revoir la gestion immobilière plutôt qu’à simplement recommander d’huiler la poignée.

Abondant dans ce sens dans une entrevue pour le numéro spécial du Magazine CPA de janvier-février dernier voué au développement durable, Susan Todd, CPA, CA, associée de la firme d’experts-conseils Solstice Sustainability Works de Burnaby, en Colombie Britannique, expliquait que l’apport des comptables va au-delà des seuls chiffres. « Notre esprit analytique rigoureux nous permet de décomposer des renseignements qualitatifs en éléments clairs que l’on peut étayer par des éléments probants… Cette démarche nous fait sortir de notre zone de confort. Elle fait appel à de solides compétences comptables, mais d’une façon nouvelle. »(3)

Soucieux de faire preuve de leadership dans ce domaine qui fait appel à des compétences clés de la profession, les ordres comptables offrent de plus en plus de perfectionnement professionnel lié au développement durable au pays. Parallèlement, CPA Canada poursuit activement le travail entamé depuis 2008 par l’ICCA et CMA Canada dans le cadre du projet Accounting for Sustainability (A4S).(4) Fondée à Londres par le Prince de Galles il y a 10 ans, l’initiative a pour but de réunir des organisations comptables du monde entier pour promouvoir la reddition intégrée afin « de contribuer à ce que le développement durable – un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs – au-delà des discussions et des préoccupations dont il fait l’objet, s’inscrive dans ‘le code génétique’ des entreprises. »

Plus d’information sur les activités et enseignements en développement durable de HEC Montréal.

Plus d’information sur les moyens d’intégrer le développement durable aux processus opérationnels et décisionnels sur le site Internet de l’Ordre des CPA du Québec

 

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(1)(3)  Smith, Susan, « Un regard différent », Magazine CPA, janvier-février 2015, p. 42
(2) Brearton, Steve, « Pratiques en matière de développement durable – En chiffres, drôles de numéros », Magazine CPA, janvier-février 2015, p. 70
(4)  Law, Jaclyn, « Regard sur l’avenir : CPA Canada poursuit le travail en développement durable », Magazine CPA, janvier-février 2015, p. 13